LE CHIEN DOMINANT :
UN MYTHE QUI DÉTRUIT DES VIES

Notre société nous inculque des notions de supériorité hiérarchique depuis notre plus tendre enfance, mais n’est ce pas possible de voir les choses par un autre prisme ? Ne serait ce pas plus juste, respectueux, agréable ? 
 
Il est normal de voir de la dominance partout, quand on grandit dans un monde où l’humain tente de contrôler la nature et le vivant, qu’il instaure des statuts hiérarchiques aux autres et à lui-même, qu’il se pose en supérieur selon sa richesse, son espèce, son sexe… Les enfants doivent obéir, les animaux être soumis, les femmes faire ce que l’homme dit, et j’en passe. Bref, il y a toujours un dominant et un dominé, un qui sait tout et un qui sait rien, un fort et un faible, un alpha et un Oméga. Pour autant, devrait-on accepter cette normalité ? N’est ce pas uniquement parce qu’on l’accepte qu’elle existe ? Et si elle n’existait pas, le monde n’en serait-il pas plus équitable, et les êtres vivants plus heureux ?

Quelles conséquences génère l'utilisation de ce terme ?

Un chien n'a-t-il pas le droit d'être considéré, avec toute sa sensibilité et sa personnalité ?
Quand on croit en ces termes, tout devient justifié. Une maltraitance physique devient normale, l’excuse étant qu’il faille dresser le chien, le soumettre… Il y a quelques semaines j’ai été témoin d’un chien maltraité (hurlements, coups, menaces), tout ça pour montrer que l’humain le dominait. 
On peut aussi retourner le chien alors que c’est quelque chose qui le terrifie. C’est le fameux alpha roll pour montrer qui est le plus haut dans la hiérarchie. Et on va se fâcher s’il se retourne pour nous mordre ou grogne, alors qu’on est en train de lui faire comprendre qu’on est dangereux, et ôter toute confiance en nous.
On peut ne pas respecter pas ses signaux, ses besoins, avec cette excuse de soumission. Ainsi on va forcer un chien méfiant à être caressé par tout le monde, à être acculé même s’il ne supporte pas ça, parce qu’il doit être docile. Ça passera avec certains, qui vont juste vivre une vie de misère et se renfermer, ça mènera d’autres à l’euthanasie car un jour il diront stop plus fort, et on les accusera encore alors que nous en sommes la cause. 
 
Un chien qui va protéger sa gamelle va être catalogué comme dominant, et on va chercher à mettre la main dedans constamment, à tel point qu’on va le rendre agressif. Mais on ne va pas chercher à comprendre pourquoi il la protège, et comment l’aider à être plus serein…
 
Pourtant en observant bien les êtres vivants, les situations, les communications, si on est éduqué différemment, si on prend en compte l’ensemble des paramètres, si on apprend à respecter l’autre et faire preuve d’empathie, on se rend compte à quel point ces rapports hiérarchiques n’ont pas lieu d’être, n’existent que parce qu’on y croit, mais en plus son nocifs, comme ces exemples le prouvent.

ACCEPTONS D'ÉVOLUER DANS NOTRE PERCEPTION DU VIVANT

Mon chien monte sur le canapé pour me dominer
Nos chiens montent sur le canapé. Cherchent-ils à nous dominer ? Cherchent-il un maximum de confort ? Cherchent-il à partager un moment agréable avec nous ? Cherchent-il à se mettre en hauteur, à l'abris ?
Si l’on fait l’effort de tout oublier pour mieux réapprendre, on verra qu’il n’y a pas de domination, nulle part. 
Réduire les contacts sociaux à une structure pyramidale est une erreur. La hiérarchie, la dominance, le maître, n’existent que par que nous souhaitons contrôler, mettre dans des cases, structurer, simplifier à l’extrême. On ne veut pas s’embêter à réfléchir à d’autres choses bien plus complexes, qui nous obligeront à changer de point de vue mais aussi de mode de vie. Pourtant si on accepte la remise en question, on peut enfin comprendre que ce qui nous paraît trop complexe est en fait plus riche, intéressant, et même plus beau ! Un groupe familial ne devrait pas être hiérarchisé. Dès lors qu’il n’y a qu’un seul être en haut de la pyramide, décisionnaire de tout, détenant toutes les ressources, ne les répartissant pas avec équité, les lésés seront forcément malheureux, stressés, auront peur de perdre, n’auront pas confiance en l’autre, et chercheront à tout prix à détrôner le « chef de meute ». Faites le parallèle avec une dictature, vous comprendrez mieux. Un seul être ne devrait pas prendre les décisions pour tous ni détenir toutes les ressources, nos sociétés et notre passé en sont la preuve. Le bien être, la liberté, le partage, la confiance, ce sont ce que nous devrions rechercher pour nos chiens, rien d’autre. D’ailleurs, c’est aussi ce que recherchent les chiens, plus on les observe, plus on peut l’apercevoir. Nous pensons que la prédation et la compétition sont les moteurs les plus importants chez les chiens, mais aussi dans tous les autres systèmes. Pourtant, le partenariat et le mutualisme ont une place bien plus importante que l’on ne veut le croire. Nos observations de la communication canine nous le prouvent tous les jours, si on enlève les œillères de la dominance !


Il y a des chiens communicants et d’autres qui n’utilisent que peu de signaux, des respectueux et des moins à l’écoute de l’autre, des excités et des calmes, des harceleurs et des timides, des chiens plus méfiants et d’autres plus confiants, des chiens partageurs et d’autres moins… Mais chaque chien va aussi et surtout s’adapter à l’autre, le suivre, l’accompagner ou lui montrer des choses, le protéger, s’éloigner, être proche, lui faire confiance ou pas, créer des liens ou pas. Et tout ça va dépendre du groupe, du contexte, des réactions de chacun. Les chiens ne se comporteront pas de la même manière avec les chiens de notre famille, ceux qu’ils n’ont jamais rencontré et ceux qu’ils côtoient parfois, les plus jeunes ou les plus vieux, les calmes ou les excités, les polis et les mauvais communicants.

Appuyons nous sur des exemples plus concrets !

Onella la finnois de laponie, capable de partager l'attention de son humain avec Jounka l'Akita inu
Prenons l’exemple d’Onella, une finnoise qui grogne sur les chiens lorsque ses humains les caresse. 
 
Si on se disait que la cause est qu’elle est dominante, on réglerait le problème par des menaces physiques, et on changerait son statut hiérarchique dans la famille. Adieu l’accès au canapé, elle mangerait après etc. L’efficacité serait probablement nulle, elle finirait d’arrêter de grogner parce qu’elle aurait peur peut être, mais vivrait toujours mal cette situation et un jour finirait probablement par agresser un chien parce qu’elle en a marre, mais elle n’aurait plus grogné parce qu’on lui a dit d’arrêter de le faire. Punir un grognement ne fait qu’augmenter le problème si on ne règle pas la cause : le chien ne préviendra plus, mais il mordra directement car la situation ne lui convient toujours pas. 
 
Si on voit les choses différemment et qu’on se dit qu’elle s’approprie les humains, mais aussi les autres ressources, on va essayer de lui réapprendre à partager. On prend des chiens pas stressés, bons communicants. On lui fait partager la vie avec eux, une balade, des odeurs, de l’eau. Plus les ressources sont rares, plus elle aura peur de perdre et protégera. Plus les ressources sont abondantes, plus elle sera détendue et capable de partager. On commence par des choses faciles avec peu de valeur, et on augmente la difficulté doucement, au rythme du chien. Finalement, on demande à ses humains de caresser des chiens calmes et bons communicants. 
 
Elle comprendra qu’en ne grognant pas elle aura de l’attention, alors qu’en s’énervant elle n’en obtiendra jamais. Finalement, on aura réussi à lui faire partager un repas en éparpillement avec des chiens. Finalement un canapé pourra être un lieu de câlins avec plein de chiens. Finalement, elle sera sereine, parce qu’elle sera en confiance avec les humains, les chiens, et elle n’aura plus aucun soucis avec les ressources et l’attention.
Jounka rencontre un chiot un peu trop entreprenant. Sa solution ? L'ignorer, lui tourner le dos, s'asseoir. Efficace !
Prenons maintenant l’exemple de Jounka, Akita inu méfiante, qui pouvait aboyer pendant des heures sur les inconnus, et agresser les chiens à la rencontre, lorsqu’ils étaient proches d’elle, lorsqu’ils étaient excités.
 
Si je m’étais dis « elle est dominante » (ou c’est à cause de sa race, mais ça c’est un autre sujet…), soit je n’aurai rien fais, soit je l’aurait soumise dès qu’elle proposait ces comportements. Dans le premier cas, elle aurait continué à agresser, être stressée, maigre, se ronger les pattes. Et moi aussi, j’aurai continué à être stressée de la sortir, d’aller dans ma famille qui a des animaux, de vivre avec elle, même si je l’aimais. Dans le second cas, j’aurai choisi de la soumettre en la mettant sur le dos à chaque fois qu’elle aboyait sur quelqu’un ou de la gronder, ou de la forcer à être approchée, caressée, touchée n’importe comment par n’importe qui. Pour les humains, je n’aurai fais que lui confirmer ce qu’elle pensait et ressentait : l’inconnu est un danger. Elle aurait peut être arrêté d’aboyer, voyant que ça n’était pas une solution viable, mais elle aurait pu finir par mordre, car à aucun moment je ne lui aurai appris à avoir confiance en l’humain inconnu, ni en moi. Et si elle n’avait jamais mordu, malgré tout elle aurait vécu une vie de stress, et aurait continué à se mutiler. Avec les chiens, j’aurai pu accepter qu’elle soit dominante, et en faire un trait de caractère impossible à changer. Ou choisir de trouver un chien plus dominant qu’elle, qui la soumettrait… Je doute qu’un chien agressif comprenne bien mieux le langage canin en se faisant agresser violemment en retour. Une fois de plus, on ne fera que confirmer tout ses apprentissages négatifs.
 
J’ai choisi de lui réapprendre à rencontrer calmement, sereinement, de lui réapprendre à prévenir (grogner, utiliser des signaux d’apaisement), plutôt qu’agresser, se mettre en colère et mordre. Je lui ai fais rencontrer des chiens calmes, bons communicants. Des chiens qui pourraient lui répondre si elle allait trop loin (faut dire que si un dingue m’insulte gratuitement dans la rue, je répondrais aussi, donc je le comprend). Mais surtout des chiens qui sauront lui montrer qu’on peut communiquer plus graduellement, et qu’ils respecteront son besoin d’espace quand elle le demande, son besoin de calme et de lenteur dans les rencontres. Je lui ai présenté des chiens qui l’ont respectée, pour qu’elle réapprenne à respecter les autres. Et elle a ainsi, petit à petit, créé des liens forts avec certains. Doucement, elle a généralisé et compris que le Chien n’était pas un danger, mais parfois une bonne nouvelle, et que si c’était trop dur pour elle elle pouvait dire stop tranquillement. Pour les humains, j’ai interdit à quiconque de la toucher. Plus personne dans la rue n’avait le droit de la caresser sur la tête. Elle a porté un dossard (n’hésitez pas à visiter www.ignorez-moi.com !). Et quand elle se sentait de rencontrer, d’aller sentir, je demandais aux gens de l’ignorer quand même. Aujourd’hui elle réclame des câlins à certains, aboie sur les malpolis qui ne demande rien et fonce vers elle pour la caresser, ignore la plupart des gens. Mais surtout, aujourd’hui elle n’aboie que très peu, n’est pas stressée, elle peut être joyeuse, elle ne se mange plus les pattes. 

Allez, on va (presque) s'arrêter là

Dans notre joyeuse famille les 3 chiens, 2 chats, 3 poules cohabitent pacifiquement. Qui pourrait être le dominant si cette théorie était fondée ?
Vous voyez, on peut voir les choses différemment, et donc agir différemment. On peut choisir de changer de vision, d’arrêter de se croire supérieur à tout être vivant, mais plutôt choisir de collaborer avec, l’aider, le guider, lui apprendre à gérer sereinement toutes les situations.
 
Depuis que j’ai compris tout ça, j’ai aussi change ma vision de notre société. Je vous invite à porter la réflexion plus loin, notre monde en a bien besoin !

Vous n’êtes pas toujours pas convaincu ? Trouvez un groupe de chien, étudiez le sous toutes ses coutures. Vous verrez qu’il n’y a jamais un dominant et des soumis. Par exemple Nigel grogne sur Jounka si elle veut lui prendre quelque chose qu’il mange. Jounka grogne sur Nigel s’il le fait, ou s’en va si la ressource n’a pas beaucoup de valeur pour elle. Minus attend en regardant les chiens qu’ils abandonnent la ressource, et se sert. Mais Minus foncera sur une ressource qu’il a vu histoire de ne pas en louper une miette. Jounka laissera dormir tous les animaux même aux endroits qu’elle adore, y renonçant totalement s’ils y sont. Minus poussera tout le monde avec ses grosses fesses pour s’installer à l’endroit qu’il juge le plus confortable. Nigel pourra s’allonger sur un chien si le chien n’émet pas de signal d’avertissement, ou se coller à lui. Mais Nigel grognera si quelqu’un tente de le pousser brusquement du canapé. Alors, rien qu’avec ça, je vous laisse imaginer le bordel pour déterminer le « dominant » de la meute… Et c’est pas moi non plus, parce que j’arrive à me caler entre les chiens sur le canapé, sans avoir à leur demander de descendre, et qu’on partage ce super endroit ensembles (et que Nigel se couche sur moi, Minus pose sa tête sur moi, et Jounka me touche à peine).
Le chien dominant : un mythe qui détruit des vies
Facebook
Instagram