HYPOTHYROÏDIE : NOTRE EXPÉRIENCE AVEC MINUS

[Article mis à jour le 16.11.2020, mise à jour régulière dans le but de compléter avec toutes les informations que je trouve sur cette maladie]

En février 2020, je suis retournée à notre super clinique vétérinaire spécialisée en médecine alternatives et complémentaires : Vétotentic qui propose de l’ostéopathie, acupuncture, conseils en nutrition, phytothérapie, homéopathie. Promis je n’ai pas d’actions chez eux, mais ils m’aident tellement que je ne peux que leur faire de la publicité ! Il fallait au moins ça pour notre famille de poilus à problèmes. J’ai pu récupérer de quoi faire une cure à notre pom pom nommé Minus, pour l’aider à être un peu mieux dans sa peau.

 

Bref, cette visite, et le fait que j’ai vu récemment passer des articles sur les problèmes de thyroïde chez le chien, m’a convaincu d’écrire cette article. Je me suis dit que vous parler de la réalité de ce qu’on vit serait pas mal en complément de ceux ci. On n’a pas assez conscience que parfois les problèmes de comportement peuvent provenir d’un soucis de santé (pas forcément de thyroïde, il peut y avoir d’autres raisons). Et on n’a pas toujours le bon vétérinaire qui connaît bien les symptômes, tests, et traitements, … Il peut passer à côté de la maladie. Bref, j’espère que notre histoire vous servira à comprendre que la santé joue beaucoup sur le moral, et qu’on peut aider à résoudre des problèmes de comportement en alliant éducation canine, comportement, médecine vétérinaire et alternative.

Comment notre (més)aventure a commencé ?

Minus tornjak chien hypothyroïde
Minus en Janvier 2020 bien plus gros que ce qu'il ne faudrait.

Cela faisait un moment que Minus était réellement aléatoire dans ses comportements et son humeur, sans que l’on comprenne pourquoi. Certains jours joyeux, joueur, motivé, capable de gérer toutes les rencontres et les croisements, bon communiquant et ouvert. D’autres jours il était éteint, irritable, réactif, agressif, renfermé, à ne plus vouloir sortir ni rencontrer. Il n’y avait pas de schéma, nous ne pouvions pas prévoir ce qu’il allait se passer ni quand. Plus le temps avançait, plus les mauvais jours étaient nombreux par rapports aux bons.

Mais il n’y avait pas que les problèmes de comportement qui nous alertaient. Il avait toujours faim, on avait un peu augmenté sa ration mais ça ne changeait rien. On a diminué ensuite, car il grossissait. Mais il continuait à grossir, alors on a encore diminué. Il avait toujours faim, et grossissait, alors que sa ration de croquettes était bientôt équivalente à celle de notre chienne de 25kg de moins. Il se jetait sur tout ce qu’il pouvait manger, en venant même à manger des choses non comestibles qu’il n’aurait pas avalé avant. On devait presque choisir entre un chien obèse mais presque rassasié, et qui risque d’être en mauvaise santé à cause de ça, et un chien plus fin mais qui pouvait se mettre en danger avec ce qu’il mangeait.

Un hiver, sa truffe s’est décolorée. J’avais trouvé ça drôle, je m’étais suis dis « tient il se prend pour un husky à avoir une truffe qui change de couleur en hiver », mais non c’est resté, ça n’est pas rose mais gris sur certaines zones. À ça, s’ajoutaient depuis longtemps les problèmes de peau/poil : hot spot, otites, infections variées, pellicules, poil gras ou rêche, imbrossable par endroits, pertes de poil constantes (il nécessitait bien plus de brossage que les autres chiens de sa race), rougeurs prononcées entre les coussinets, petites taches noires sur le ventre. Les mauvais jours, il avait les yeux très rouges, qui coulaient. Il avait des yeux gonflés, et du gras dans le cou comme s’il avait des réserves pour des années. Il a soudainement été malade en voiture, lui qui gérait bien ça depuis tout jeune.

Il s’est mis à grogner sur des chiens de son groupe familial, d’un jour à l’autre sans raison apparente. Il ne supportait plus qu’on passe à côté de lui, qu’on s’approche, et encore moins que des humains l’approchent quand il était couché (sans être endormi). Lui qui aimait vivre avec des chiens, s’est mis à moins apprécier. Puis à ne plus supporter les rencontres avec certains chiens, il les fixait intensément, il avait soudainement ses têtes sans qu’on ne détermine de profil. A d’autres moments, il pouvait se mettre à avoir des intentions de chevauchement dès qu’il rencontrait un chien. Il n’a plus du tout proposé de jeu calme et doux comme il pouvait le faire avec des chihuahuas et des plus grands chiens, il ne savait que décharger sur eux quand il vivait une grosse émotion.

D’autres choses nous interrogeaient. Lui qui aimait être dans le jardin, même sous la pluie, n’aimait plus y sortir, nous devions le forcer pour qu’au moins il fasse ses besoins. En balade il ne sentait plus, il était toujours alerte, ou décidé à nous tracter, et d’un coup il s’allongeait et ne voulait plus avancer, vidé de son énergie soudainement. Il ne savait plus vraiment profiter d’une balade ni être un chien… Il s’est mis à rechercher le confort, lui qui passait sa vie sur le carrelage et détestait les tapis. Nous ne pouvions plus le balader tous les jours, en le motivant, en le poussant un peu, au risque de le rendre encore plus irritable.

Il paniquait complètement à l’idée de tout soin, pour ses otites, ses problèmes de peau, les prises de sang, nous avons dû faire de longs entrainement médicaux. Encore aujourd’hui, il reste très sensible aux manipulations et à la douleur malgré tout ça.

Minus chien tornjak hypothyroïdie
On peut voir la décoloration de la truffe, apparue vers ses 2 ans.

Lister les symptômes pour trouver la cause

Grâce à des recherches, de nombreuses discussions dont une avec une femme géniale dont je vous parle après, et un changement de vétérinaire, nous avons commencé à nous diriger vers la piste de l’hypothyroïdie en décembre 2019.  J’ai pris rdv avec mon vétérinaire, le Dr Zeppa. Je n’ai pas voulu lui dire « je viens pour analyser la thyroïde de Minus », j’ai simplement énuméré les problèmes au cours de la première consultation. Je voulais voir s’il était possible que le vétérinaire aussi penche pour cela sans que ma réflexion pèse dans la balance, parce que je n’ai pas de doctorat en médecine vétérinaire. Il a posé ce diagnostic potentiel (je me suis dis ouf, je l’avoue, parce qu’au moins on commençait à avancer), et a proposé une prise de sang avec recherche de plusieurs taux. Il en est ressorti qu’il était assez peu probable qu’il ait des problèmes de thyroïde. Sauf que c’est tellement complexe… Que c’était une probabilité mais pas une certitude, et qu’en plus de nombreux symptômes continuaient à nous pousser vers la piste des problèmes de thyroïde.

Deux choix s’offraient à nous :

  • Donner un traitement à vie (mais d’après une étude sur le sujet, contrairement à chez les humains, une fois le traitement débuté, il pourrait être arrêté et même au bout de 4 mois les taux avant et après traitement ne seraient pas significativement différents, donc il pourrait être arrêté s’il n’y a aucune amélioration).
  • Ne pas donner de traitement et estimer que ses soucis n’ont pas une seule cause, et même si les signes cliniques était nombreux en faveur de l’hypothyroïdie, c’était possible que ce ne soit pas ça, et continuer à chercher.

Finalement, le Dr Zeppa a proposé une alternative : « relancer » la thyroïde avec des compléments naturels. C’était un test, vu qu’on n’avait pas de certitude sur l’hypothyroïdie, mais il n’y avait aucune contre-indication particulière pour ce traitement. Je n’ai aucune donnée sur ce type de traitement, je ne sais pas s’il peut convenir à d’autres chiens, et je ne sais pas s’il serait validé par tous les vétérinaires. Minus était jeune, les problèmes relativement récents, la thyroïde probablement pas complètement inactive. Bref, on a donc commencé en décembre à donner un cachet d’iode, une dose de phytothérapie, et de l’homéopathie pendant un mois.

soigner les problèmes de thyroïde
Avril 2020, Minus mincit bien !

Et enfin grâce à cela, nous avons retrouvé notre chien. Jusqu’à fin mai nous avions un Minus joyeux ! Il a perdu du poids, fait une grosse mue, avait moins de problèmes de peau petit à petit, était content quand des gens venaient à la maison, était capable de gérer les croisements et rencontres d’inconnus, et a même partagé de beaux instants avec une enfant (ce qui le terrifiait avant). Étrangement il est même devenu excité, presque immature, à vouloir jouer avec les chiens alors qu’il était plutôt du genre blasé de la vie « je veux que manger dormir et rien faire ». Il avait quand même des jours plus compliqués, mais globalement c’était bien mieux. Puis il a eu une grosse rechute, vers fin mai avec l’arrivée des chaleurs. Nous avons repris une cure d’iode + phyto + homéo en juillet, et avons vu de nouveau des effets positifs, mais il restait parfois fatigué, aléatoire, et les problèmes de santé revenaient doucement. Nous avons réfléchis aux bénéfices de proposer un traitement à vie ou non. Cette cure nous avait confirmé ce que nous pensions, à savoir qu’il a très probablement des soucis de thyroïde. Il nous restait donc à choisir quelle solution nous paraissait la meilleure, ne pas traiter, traiter naturellement, ou traiter. Après de grosses difficultés cet été, nous avons contacté le Dr Dramard. Au vu de ses taux de cholesterol trop haut et de T4 trop bas, on a démarré le traitement. Il nous reste de longs mois avant de trouver la dose idéale pour lui, mais nous commençons à voir le bout du tunnel. Durant l’entretien avec le Dr Dramard, énormément de choses ont été mises en lumière, en lien avec cette maladie, et nous espérons voir de belles évolutions sur un grand nombre de ses symptômes cités plus hauts.

le bon traitement au bon moment

 Le traitement a commencé en août 2020, avec des doses élevées de T4 (levothyrox), par rapport aux doses humaines. Beaucoup de comparaisons peuvent être faite sur cette maladie, même avec 2 espèces si différentes ! Cependant, les chiens assimilent beaucoup plus vite la T4, et donc en ont besoin de plus. Il faut être le plus constant possible. Désormais, tous les matins il reçoit son traitement à la même heure, et une heure après son repas. Pour le moment, il n’a qu’une dose, une fois par jour. Le traitement a montré de supers effets au début, il n’avait plus du tout les yeux rouges, nous n’avions jamais vu ça ! Mais il a repris du poids. Peut être commençait-il à se muscler ? Ça serait normal dans ce cas. Les doses de levothyrox ont donc été ajustées. Puis il y a eu des changements de température, et il a encore pris du poids. Retour des yeux rouges, et de la fatigue. Il se couchait de nouveau en balade. Après avoir augmenté 2 fois la dose de levothyrox jusqu’en novembre 2020, et toujours sous les conseils du Dr Dramard pour ces modifications, nous avons ajouté de la T3 (Euthyral ou Cynomel). Nous en sommes là, et verrons encore sûrement des évolutions !

Le bien être de nos chiens a toujours été une priorité, l'espoir d'un Minus serein nous motive dans ce parcours du combattant !

S'informer sur la maladie

Qui sait, peut être que notre histoire vous mettra sur une piste pour aider votre chien ! Ce fut le cas pour moi grâce aux discussions avec Oanell (administratrice du groupe « La gazette des truffes » sur Facebook et créatrice de têtesdetruffe.fr), qui partage sa vie avec une chienne nommée Jane, aujourd’hui traitée pour l’hypothyroïdie et suivie par une spécialiste : le Dr Dramard. Il y avait de nombreuses similitudes entre Jane et Minus (réactivité, apathie, yeux et cou gonflé, mauvaise qualité de poil, humeur aléatoire…). Aujourd’hui la manière de traiter est différente pour chacune de nous, même si nous sommes suivies par la même vétérinaire. Le traitement doit être adapté au chien et à ses problèmes. Il est cependant très intéressant de croiser nos expériences. Jane est traitée avec du Levothyrox + Cynomel, et depuis des mois son humaine observe avec attention l’évolution des comportements pour transmettre cela à sa vétérinaire et ajuster les doses. Il faut trouver le bon traitement et les bonnes doses avant de crier victoire, mais Oanell aussi aperçoit enfin la possibilité d’avoir une chienne plus heureuse! Je ne doute pas que son humaine nous fera un super rapport détaillé quand elles verront le bout du tunnel, et je vous le partagerais avec plaisir par ici.

Par contre, autant vous prévenir : les problèmes de thyroïde c’est compliqué. Il faut trouver le vétérinaire qui connait les effets de cette maladie, ils sont assez vastes et flous. Il faut qu’il teste les bons taux, parce que si on ne teste qu’une seule chose, ça n’aura aucune valeur, T3, T4, T4 libre, TSH, cholesterol et encore d’autres taux peuvent aider au dépistage de l’hypothyroïdie. Bon, je ne suis pas vétérinaire, et mieux vaut se diriger vers des spécialistes qui sauront vous dire quels taux sont importants à faire évaluer ! Il faut aussi que le docteur connaisse bien la maladie, et qu’il puisse la déceler même dans des valeurs à priori normales, car les faux négatifs existent. Le Dr Dehasse en fait mention sur une publication Facebook, d’autres sont aussi intéressantes (disponibles juste en dessous). De plus, les taux varient en fonction de l’heure, la température, la qualité du sommeil, le stress, donc cela peut rendre d’autant plus compliqué le dépistage de cette maladie.

Le Dr Dramard parle dans son livre « Trouble du comportement du chien, et si c’était la thyroïde ? » du syndrome d’Hypolit, où rien n’est décelable dans la prise de sang, mais où les symptômes correspondent à cette maladie, et où le traitement serait quand même efficace. Un cas clinique du syndrome d’Hypolit est présenté ici.
 
Si vous souhaitez plus d’informations sur les symptômes de cette maladie c’est par ici :

 Il n’existe pas un seul profil comme celui de Minus, mais plusieurs, et les symptômes sont variés. Un chien hypothyroïdien ne sera pas forcément obèse, il peut au contraire être rachitique. Il n’est pas forcément épuisé, il peut être trop actif. Les symptômes peuvent être uniquement physique, uniquement comportementaux, ou les deux. C’est rend cette maladie difficile à détecter, et qu’il ne faut pas hésiter à se contacter un vétérinaire spécialisé, et bien s’informer.

Vous souhaitez encore un peu de lecture ? Il existe un groupe de soutien sur Facebook pour les chiens atteints d’hypothyroïdie dont Valérie Dramard est l’administratrice, il est disponible en cliquant ici. Le magazine hors série « Dr. Good ! Véto » n°2 du 6 novembre 2020 dispose d’un article sur la thyroïde, abordant le problème chez chats et chiens. Des informations intéressantes sur l’hyperthyroïdie liée à l’alimentation crue sont disponibles ici, toutes les sources citées sont très intéressantes et concernent aussi l’hypothyroïdie : barf-raw-feeding.fr.

Bien sûr, tout n’est pas à imputer à cette maladie, et il existe de nombreuses autres possibilités pour qu’un chien ait des problèmes de comportement à cause d’un soucis de santé. La douleur, la fatigue, peut rendre irritable, réactif, agressif. La piste de la santé ne doit jamais être négligée. Des douleurs liées à bien d’autres maladies ont déjà été soignées sur des chiens, atténuant aussi les problèmes de comportement ! Des calculs, des douleurs osseuses, ligamentaires, la liste est grande, car toute la souffrance physique change le comportement d’un être vivant. Les vétérinaires, ostéopathes, acupunteurs, phytothérapeutes, nutrissionistes, et autres professionnels du bien être canin, peuvent travailler conjointement avec les éducateurs canins comportementalistes pour s’assurer que le chien va bien sur le plan tant physique que mental. Et évidemment, il ne faut pas tout mettre sur le compte de la santé non plus ! Remettre en question ses méthodes éducatives et ses réactions est primordial si on a un chien renfermé, apathique ou agressif.